Le «Messie» de Haendel à Remich

Le public ne s'était pas trompé en faisant le déplacement dans la Perle de la Moselle. Il fut nombreux et passionné.

Dimanche en fin d'après-midi, 350 auditeurs ont pu apprécier le remarquable travail des ensembles réunis à l'occasion de ce projet pharaonique. Ce sont en effet pas moins de cent choristes et quarante musiciens qui ont pris place dans l'église décanale de la Ville de Remich pour offrir une lecture tonique du célèbre oratorio écrit par Haendel en 1741.

Les choeurs transfrontaliers réunis de “ Trier Heiligkreuz “, la Chorale Réunie de Donven-Flaxweiler et l’Ensemble Vocal Jubilate Musica, font preuve d'une maîtrise convaincante et d'une agilité vocale remarquable dans l'écriture fuguée très impressionnante de Haendel. Félicitations à ces 100 choristes qui ont oeuvré pendant des mois pour arriver à une si belle prestation. Les nuances, le fondu des voix et surtout la cohésion et la maîtrise qu'ont démontrés chacune des quatre sections du choeur en ont surpris plus d'un.

Côté solistes, Eva Leonardy, l’attrayante soprano, nous ravit les oreilles de son timbre cristallin. Dans les coloratures périlleuses, sa voix s’enlace avec une légèreté étonnante. Mathias Lucht, contre-ténor élégant et stable, déploie des couleurs vocales chatoyantes d'une clarté perçante dans les aigus avec un talent immense.

Il en est de même pour l’excellent ténor Peter Diebschlag. Son interprétation était techniquement remarquable. Il éblouit par son sens de l'interprétation et des contrastes, son phrasé, sa diction. Sa voix chatoyante et resserrée passe avec une grande agilité des aigus aux graves ; elle peut tout autant murmurer que crier, se montrer douce ou enragée !

Finalement, la basse Marek Rzepka, qui sautait dans la brèche pour remplacer Johannes Weinhuber, tombé malade la veille du concert, démontre une affinité saisissante avec le vocabulaire haendélien, le tout enrobé d’une voix hors pair.

Les musiciens de l’orchestre Estro Armonico, conduit par Guy Goethals, savent se faire discrets quand il le faut, comme ils savent s'imposer quand l'œuvre l'exige. L'ensemble laisse deviner une rigueur sans faille, une exubérance maîtrisée, une souplesse exceptionnelle. Suggestive, sans être envahissante, soutien complice, la formation laisse plus entrevoir ses qualités que de les étaler, laissant la part belle aux voix.

Véritable capitaine de navire, Burkhard Pütz mène ses musiciens avec une vigueur et un engagement sans faille. Dans des tempi parfois extrêmement périlleux pour les choristes et les solistes, il parvient à garder une belle clarté, malgré la sonorité ample et généreuse de l'orchestre.

L'ensemble est une réussite et s'achève avec une ovation vibrante du public conquis. Rien que le magnifique « Alleluia » magistralement chanté et avec un solide soutien des trompettes et des timbales ne valait le déplacement. En prime, il fut rejoué in fine une seconde fois pour le plaisir de tous.

Haendel aurait probablement aimé.

Et pour ceux qui n'auraient pas encore eu la chance d'assister à ce concert de haute qualité, ils pourront encore apprécier Le Messie de Haendel, le dimanche, 20 novembre 2011 à 17 :00 heures en l’église « Heiligkreuz » à Trèves.

Jeannot Belling